Dans ce court article, nous avons voulu savoir dans quels univers sémantiques les discours du Net inscrivent le "coton du Bukina Faso" et le "coton du Mali". Dit autrement quelle image dominante ces discours confèrent-ils à ces "deux cotons" ?

Coton_Burkina_GY_31122011.pngL'analyse effectuée nous permet de partager avec vous les résultats suivants : Le premier tableau montre l'univers de références associé au "coton burkinabè" et le deuxième tableau celui associé au "coton malien". La technique employée pour y parvenir repose simplement sur l'analyse des co-occurrences des références utilisées dans les discours. Les chiffres entre parenthèse indiquent (en %) la force de liaison (en amont et en aval) des références avec la référence principale "coton" de chaque corpus.

Coton_Mali_GY_31122011.pngLa culture classique, conventionnelle du coton nécessite une utilisation massive de pesticides entraînant de sérieuses conséquences environnementales et sanitaires. Mais l'usage des pesticides pose aussi un problème économique, car ils représentent un coût important parfois difficile à supporter par les petits producteurs. Pour réduire l'utilisation des pesticides, deux alternatives se présentent : la culture du coton transgénique (organisme génétiquement modifié) ou la culture du coton biologique.

De nos résultats d'analyse, on peut retenir que sur Internet le "coton burkinabè" est significativement associé aux "OGM" (Organismes génétiquement modifiés) alors que le "coton malien" est lui significativement étiqueté "bio-équitable", "bon et pur".

Les deux approches présentent des avantages et des inconvénients :

- S'inscrire dans l'approche "coton transgénique" , à l'instar du Burkina Faso (coton Bt en l'occurrence), c'est espérer une réduction de l'usage des pesticides, une qualité constante et une quantité croissante de coton, donc des rendements élevés et constants, ce qui peut être intéressant sur le plan économique, car la plupart des gros industriels du textile n'en demande pas plus. Mais cette démarche comporte un certain nombre de risques dont le risque de flux de gènes, le risque de développement de résistance des insectes, le risque sur le coût des semences, le risque d'assujettissement vis-à-vis de l'Occident pour la maîtrise technique et juridique de toute la chaîne biotechnologique et enfin, le risque de réputation négative sur le plan éthique (On ne peut pas occulter la position des consommateurs finaux sur la question des OGM dans le contexte actuel marqué par la dominance du discours sur la protection de l'environnement et de la biodiversité en particulier).

- S'inscrire dans l'approche "coton bio-équitable", à l'instar du Mali, c'est indiquer une volonté de supprimer carrément l'application des pesticides. C'est envoyer un message positif sur le plan de la sauvegarde de l'environnement et de la biodiversité, et éthique sur le plan commercial et humain. Ici, les rendements escomptés peuvent être faibles, mais cela est compensé par le fait que le "coton bio-équitable" se vend plus cher sur le marché que le "coton transgénique". Il reste que cette approche implique une charge de travail plus forte et une forte dépendance à l'Occident via notamment les ONG ( qui soutiennent le bio telles : ENDA Pronat, Helvetas, Max Havelaar, etc.) et leur marché de niche.

Alors "coton bio" ou "coton transgénique" ? Quelle est la solution idéale pour les producteurs africains dans le contexte de concurrence commerciale mondialisée ?