Le corpus "paysans du sahel africain" est constitué de discours pertinents et significatifs sur les paysans du Burkina Faso, du Mali, du Sénégal, du Niger et de la Mauritanie. Quant au corpus "paysans d'Afrique centrale" des discours du même type ont été récoltés : ils portent sur les paysans du Gabon, du Cameroun, des deux Congo (Congo Brazzaville et Congo Kinshasa) et de la République Centrafricaine. Nous n'exposerons pas ici le détail des techniques utilisées à cette fin. Mais vous pouvez toujours nous contacter pour savoir davantage.

AutourDuPaysan_02122011Le graphique ci-contre présente la configuration des acteurs qui sont significativement mis en scène dans ces corpus de discours du Web francophone. Mais avant de faire des observations sur ces résultats, il convient de donner quelques éléments pour en faciliter la lecture.

- Pour définir l'acteur "société civile en générale" ("SocCivile_gle" sur le graphique) nous nous sommes inspirés de la définition qu'en donne le Livre Blanc de la gouvernance de l'Union européenne : "La société civile regroupe notamment les organisations syndicales et patronales ("les partenaires sociaux"), les organisations non gouvernementales (ONG), les associations professionnelles, les organisations caritatives, les organisations de base, les organisations qui impliquent les citoyens dans la vie locale et municipale, avec une contribution spécifique des Eglises et communautés religieuses."

- Nous avons mis en évidence deux acteurs majeurs de la "société civile" : les "organisations paysannes" ('OrgPaysannes" sur le graphique) ET les "associations et ONG" ("AssosONG" sur le graphique).

- L'acteur dénommé "InstPoIDroitLoi" (sur le graphique) indique les références aux "institutions publiques", aux "instances politiques" (gouvernement, ministères, parlement, etc.), au "droit" et à la "loi".

- Le groupe sémantique dénommé "PartCoopEchange" (sur le graphique), n'est pas un acteur au sens strict, mais renvoie plutôt à des modalités particulières de l'action : en effet, il regroupe les références à des notions comme le "partenariat", la "coopération/collaboration", "l'échange", la "concertation", le "dialogue", la "participation" et le "réseautage".

- L'acteur dénommé "OrgInternat°les" (sur le graphique) renvoie aux organisations internationales et inter-africaines : uemoa, union africaine (ua), sadc, nepad, cedeao, acp, l'onu et ses organismes (oms fmi, fao, banque mondiale, unesco, unicef ...), etc.

- L'acteur dénommé "CherExpertSpécial" (sur le graphique) regroupe les "chercheurs" les "experts", les "spécialistes", mais aussi les instituts, centres et agences de recherche scientifique.

- Enfin, L'acteur dénommé "BanqAssurInvMF" (sur le graphique) désigne les "banques et les banquiers", les "assurances et les assureurs", les "investisseurs et les bailleurs de fonds" et la "micro-finance".

Ces précisions de lecture étant données, nous voulons attirer votre attention sur quatre points qui nous paraissent intéressants :

1. La configuration des "acteurs" inscrits dans les deux corpus de discours sur les "paysans du sahel africain" et sur les "paysans d'Afrique centrale" révèle une structuration de base uniforme. Les histogrammes (voir graphique) ont la même allure générale.

2. La "société civile" en générale, et les "organisations paysannes" en particulier, sont des acteurs dominants des discours centrés sur les "paysans du sahel africain" ET sur les "paysans d'Afrique Centrale". Cette forte visibilité des organisations paysannes doit, à notre avis, être rattachée au contexte de changements profonds qui impactent les pays africains depuis belle lurette : les politiques d'ajustement imposées par certains bailleurs de fonds, le désengagement (ou la défaite) des Etats concernant la gestion du secteur agricole, le dérèglement climatique et les défis écologiques et environnementaux, les inquiétudes face aux OGM, etc. Bref, tout cela a sans doute fortement contribué à donner, tout au moins dans les discours, une place importante aux organisations paysannes. De fait, ces dernières, qui constituent une véritable force sociale, économique et politique, seront de plus en plus appelées à jouer un rôle essentiel dans le développement des zones rurales africaines.

3. Toutefois, les résultats de nos analyses portent aussi à noter que la référence aux organisations paysannes est significativement plus marquée dans les discours mettant en scène les "paysans du sahel africain" que dans ceux portant sur les "paysans d'Afrique Centrale". Ce qui conduit à penser que si l'éclosion et le développement des organisations paysannes apparaît aujourd'hui comme une réalité presque banale en Afrique, cette donne est à reconsidérer dans sa dimension spatiale, voire même historique. Nous savons qu'il y a une relation entre le développement de ces organisations paysannes et les espaces politiques, légaux, de coopération/collaboration, d'échange et de partage que les Etats veulent bien laisser aux acteurs autonomes, ou que ces derniers conquièrent par leurs propres luttes.

4. Enfin, constat désolant, nos résultats tendent, hélas, à confirmer qu'autour des "paysans africains" peinent à émerger les acteurs aussi importants et décisifs que ceux du "monde de la finance" (banques et assurances notamment) et ceux du monde "scientifique et technique" (chercheurs, ingénieurs, experts et spécialistes notamment).