Nous savons que les discours prédictifs et prospectifs jouent un rôle particulièrement important dans les processus de marché et de diffusion en préparant les esprits aux changements ou en favorisant le développement ou la production de futurs produits, usages, services, etc. Il va sans dire que questionner et analyser cette production discursive singulière peut s'avérer payant, du fait de l'éclairage stratégique qu'on peut en tirer.

Dans cette première approche du genre que nous partageons avec vous, chers internautes, nous avons voulu savoir quelle est la configuration des effets de dramatisation inscrits dans les discours prédictifs et prospectifs du Web francophone portant sur la période qui va de 2015 à 2045 (soit sur 30 ans, avec un pas de 5 ans). Il va sans dire que nous avons dû constituer des corpus pertinents et représentatifs pour les besoins de l'analyse. Passons sur la technique de recueil des données textuelles.

Mais alors, pourquoi nous intéressons-nous aux effets de dramatisation de ces discours-là ? Eh bien, pour une raison bien précise : poser des questions sur les discours prédictifs et prospectifs, c'est mettre le doigt sur les angoisses d'une époque, mais aussi la façon dont nous nous représentons l'avenir ("l'à-venir") et la manière dont nous pouvons l'infléchir. Et plus la dramatisation (avec sa charge émotionnelle) de ces discours particuliers est importante, plus les enjeux à venir sont pré-jugés cruciaux.

Reste à savoir comment cerner ces effets de dramatisation discursive. Nous le faisons sur la base du repérage des modalisations de négation (anti-orientation) ET d'intensité utilisées dans les corpus retenus. La recherche scientifique en linguistique et en psycho-linguistique (voir en particulier les travaux autour des théories de Feu Rodolphe Ghiglione et de Patrick Charaudeau) nous dit que ces "mots-outils" particuliers sont les marqueurs linguistiques par excellence de la dramatisation dans le langage. Les modalisations sont des adverbes ou des locutions adverbiales qui permettent à celui qui parle de s'impliquer dans ce qu'il dit. Par exemple, des expressions comme "totalement", "absolument", "nécessairement", "trop", "de plus en plus", "littéralement", "très", "beaucoup" etc. sont des modalisations d'intensité. D'autres comme "jamais", "aucun", "ne... pas", "pas", "personne", "rien", "ni... ni" etc., sont des modalisations de négation (ou d'anti-orientation). Les deux types de modalisation sont identifiés comme porteurs d'effets dramatisant.

ConfigTensionDramatisante16_11_11.pngLe graphique ci-contre, réalisé sur la base de nos résultats d'analyse, met en évidence un "processus continu d'accentuation d'une tension dramatisante" au fur et à mesure que le temps projeté dans le futur s'éloigne (Notons que le coefficient de détermination de la courbe de tendance linéaire est proche de 1. En conséquence la tendance observée peut être considérée comme statistiquement fiable). Ce qui donne à voir une "logique d'exacerbation des ENJEUX des évènements" A VENIR.

Fort justement, dans nos prochains articles de cette série, nous nous attacherons à identifier ces "Enjeux du futur" pressentis comme importants, leur hiérarchie et leurs agendas envisagés, en analysant plus en profondeur les discours sur le futur émanant du Web francophone. Ce travail qui se fera sous vos yeux, chers internautes, devrait à terme nous permettre de dégager des "modèles normalisés" configurant ces enjeux projetés dans le futur. Mais, ici, la modélisation à laquelle nous aboutirons ne servira pas à "prédire", mais à donner de précieuses indications et tendances régulièrement réévaluées qui aideront, espérons-le, à donner du sens aux délibérations présentes dans divers champs d'action (politique, économique, financier, ...). Ensuite, armés de ces outils d'analyse et de réflexion, nous nous re-focaliserons sur la situation africaine proprement dite, car là est notre horizon.

A suivre donc de près...