Dans cet article, nous voulons savoir ce que l'analyse du contenu de la presse française en ligne référant à la thématique du "paiement" pourrait nous apprendre sur l'évolution du climat économico-financier de ces dernières années.

Pour tenter d'y voire clair, nous avons d'abord constitué des corpus de textes centrés sur la thématique du "paiement" et issus des principaux sites français d'information en ligne (lemonde.fr, le figaro.fr, 20minutes.fr, leparisien.fr, liberation.fr, l'express.fr, tempsreel.nouvelobs.com, rue89.fr, lepoint.fr, ladepeche.fr, lesechos.fr, etc.). Ces corpus, statistiquement représentatifs, s'étalent sur une période de 5-6 ans (2006_2007 à 2011).

Ensuite, nous nous sommes limités, dans cette première approche, à suivre l'évolution de cinq groupes sémantiques référant au monde économico-fiancier : "cessation" (pour "cessation de paiement", mais aussi "faillite", "dépôt de bilan", "liquidation") ; "défaut" (pour "défaut de paiement" , "non-paiement" et autres difficultés de paiement"); "dettes et déficits" ; "banques et bourse" et enfin "entreprises". Donc, cinq clés sémantiques pour décrire, analyser et comprendre.

AutourPaiementFr_13102011.pngLes résultats analytiques représentés sous forme graphique permettent d'identifier deux moments remarquables (voir graphique ci-contre. Nous vous épargnons les détails techniques et méthodologiques) :

1. L'année 2008, marquée par le pic du triptyque sémantique "Entreprise"-"Banques/bourse"-"Cessation".

Rappelons le contexte marqué par la crise bancaire et financière de l'automne 2008, après la crise dite des subprimes née aux Etats-Unis au cours de l'été 2007. Crise de liquidité et de confiance, cette crise de 2008 avait plus ou moins touché tous les pays du monde. Elle s'était rapidement répercutée sur les marchés boursiers (entraînant ce qu'on a appelé le "krach de l'automne 2008"). Elle avait également provoqué un resserrement du crédit pour les entreprises et les ménages, ce qui avait fortement pesé sur l'activité économique mondiale (récession).

Rappelons également que les gouvernements et les Banques centrales avaient réagi de manière plus ou moins concertée à ce début de crise systémique. Objectif à court terme : maintenir la continuité du système des paiements et du marché interbancaire qui avaient été affectés par la faillite de plusieurs banques et tenter de relancer l'activité économique.

2. L'année 2011, qui donne à voir un important pic d'un triptyque sémantique d'une autre configuration que celle de 2008 : il s'agit du triptyque "Défaut"-"Dettes/Déficits"-"Banques/Bourse".

La crise grecque de 2010 (liée au déficit public) et la crise irlandaise de l'automne 2010 (liée au sauvetage des banques) marquent le début d'une nouvelle crise dont un pic a été atteint avec la crise boursière de l'été 2011. Cette crise et le recours à la prise en charge publique contestée des dettes des banques ont entraîné une forte hausse des déficits et des dettes publics de nombreux pays occidentaux notamment (d'abord la Grèce et l'Irlande, puis le Portugal, l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis), ce dont les marchés ont pris acte en ré-appréciant la crédibilité de leur signature souveraine, c'est-à-dire de leur aptitude à rembourser leurs emprunts (le risque de défaut de paiement). Or, c'est bien là le problème majeur de la nouvelle crise qui s'enracine chaque jour un peu plus. Sans retour à la crédibilité, à la "garantie ultime" des Etats comme dirait Monsieur Trichet de la BCE, peut-il y avoir un filet de sécurité à la crise qui s'annonce encore plus violente en 2012 ? Et ces Etats, comment pourront-ils relever le défi vu que leurs marges de manoeuvre semblent très étroites et que les Banques Centrales semblent plutôt à bout de souffle ? Au pessimisme de la raison face au mur des dettes et des déficits, ne convient-il pas d'opposer l'optimisme de la volonté pour faire advenir des solutions nouvelles et durables, quitte à bousculer l'institué ?