Ceci étant, que nous apprend l'analyse comparée du contenu de la presse panafricaine et française en ligne portant sur la thématique du "paiement" ?

Pour tenter d'apporter quelques éléments de réponse, nous avons d'abord constitué des corpus de textes centrés sur la thématique du "paiement" et issus des principaux sites français d'information en ligne (lemonde.fr, le figaro.fr, 20minutes.fr, leparisien.fr, liberation.fr, l'express.fr, tempsreel.nouvelobs.com, rue89.fr, lepoint.fr, ladepeche.fr, lesechos.fr, etc.) et des principaux sites panafricains d'information en ligne (lesafriques.com, jeuneafrique.com, afrik.com, allafrica.com, panapress.com, agenceecofin.com etc.) Ces corpus, statistiquement représentatifs, s'étalent sur une période de 5-6 ans (2006_2007 à 2011).

Ensuite, nous nous sommes limités, pour cet article, à suivre l'évolution de trois groupes sémantiques référant au monde économico-financier : "cessation" (pour "cessation de paiement", mais aussi "faillite", "dépôt de bilan", "liquidation") ; "défaut" (pour "défaut de paiement" , "non-paiement" et autres difficultés de paiement"); et enfin,"dettes et déficits". Donc, trois clés sémantiques pour comparer et comprendre.

Cessation_SitesAfriqFrce.pngLes résultats analytiques représentés sous formes graphiques permettent de faire les observations suivantes (voir les trois graphiques ci-contre. Nous vous épargnons les détails techniques et méthodologiques) :

Defaut_SitesAfriqFrce.png1. Au cours de ces dernières années (2007-2011), la "surchauffe" autour de la problématique du paiement (références aux risques de cessation ou de défaut de paiement) est nettement plus marquée dans les discours de la presse française en ligne que dans ceux de la presse panafricaine en ligne. Cette donne n'est pas sans lien avec le climat de crise bancaire et financière qui secoue particulièrement les Etats-Unis et l'Europe depuis 2007-2008 (voir notre précédent article). Situation d'autant plus dramatique qu'elle est aujourd'hui aggravée par la crise des dettes et des déficits publics qui menace particulièrement la zone euro. Rappelons que plusieurs pays européens (Grèce, Espagne, Portugal, Irlande) et les Etats-Unis ont vu leur note dite de long terme dégradée par les agences de notation et que d'autres comme la France sont sous observation.

DetteDeficit_SitesAfriqFrce.png2. Il est vrai que l'Afrique a été relativement épargnée par la grave crise financière et bancaire de 2007-2008 qui avait essentiellement frappé les économies développées du monde occidental. Le sera-t-elle encore longtemps face à la nouvelle tourmente financière et bancaire qui "surchauffe" la zone euro notamment et qui annonce une crise encore plus profonde, structurelle en 2012 si elle n'est pas jugulée dans les semaines qui viennent ?

On peut penser à juste raison, à l'instar de Madame Yolande DUHEM (Directrice du Bureau Afrique de l'Ouest et du Centre de la Société Financière Internationale (SFI)), que l'Afrique sera encore une fois peu touchée par cette crise des dettes et des déficits publics qui affecte la zone euro et les Etats-Unis car "les investisseurs, refroidis par ce qui se passe en Europe et en Amérique, vont être poussés à diversifier leurs zones". Etant donné son important taux de croissance et son positionnement stratégique en termes de diversification et d'opportunités, l'Afrique demeure une zone de résilience qui peut, de toute façon, compter sur les investissements provenant des pays et des régions émergents en particulier.

Cependant, il convient d'être prudent pour quelques raisons :

- le franc CFA, en circulation dans nombre de pays d'Afrique subsaharienne, est étroitement lié à l'euro. Or, nous l'avons dit, la crise des dettes et des déficits publics qui sévit depuis quelques mois et qui tend à devenir structurelle menace sérieusement l'euro et, indirectement, le franc CFA ;

- les turbulences financières internationales peuvent avoir un impact négatif sur la croissance mondiale : l'aide au développement, les investissements directs étrangers et la demande extérieure adressée à l'Afrique pourraient en souffrir.

En conséquence, il convient de suivre avec la plus grande vigilance les évolutions de cette crise des dettes et des déficits de la zone euro, pour mieux anticiper et prévenir leurs éventuels impacts sur les finances et les économies africaines.