Pour tenter d'apporter une réponse à la question posée, nous avons analysé des corpus de discours représentatifs du web francophone (presse en ligne, blogs, réseaux sociaux, forums en ligne, autres sites web), portant explicitement sur le sujet des médicaments de façon générale, et respectivement associés à l'Afrique, à l'Asie et à l'Europe. Les corpus analysés s'étalent sur une période d'environ 5 ans (2007 à mi-2011).

Les résultats de nos analyses (voir les trois graphiques ci-après) permettent de faire tout au moins deux observations qui nous semblent importantes :

Top10IndustPharmaAfriq_2007_2011.png

  • Deux groupes occupent une place de choix dans les discours du web francophone centrés sur la thématique des médicaments : le premier est clairement le géant Sanofi-Aventis, suivi du géant américain Pfizer. A eux deux ils pèsent 67% du 'top 10" des industries pharmaceutiques citées dans le "corpus Afrique", 55% de celui du "corpus Asie" et 53% de celui du "corpus Europe".

Top10IndustPharmaAsie_2007_2011.png

  • Aucune des sociétés pharmaceutiques africaines ne figure dans les "top 10" des trois corpus étudiés (même pas dans celui du "corpus Afrique" !). Or, force est de constater que les compagnies pharmaceutiques internationales majeures, qui tiennent dans leurs mains toute la chaîne internationale de production et d'approvisionnement de médicaments et de services de santé annexes, ne nourrissent pas de grandes ambitions pour l'Afrique (Zone hors Afrique du Sud et Magrheb). Pour elles, le marché du médicament africain ne pèserait pas beaucoup sur la balance des intérêts des actionnaires, des grands laboratoires et des propriétaires de brevets pour des raisons de rendement. Pour preuve, les experts du secteur prévoyaient pour 2011 un chiffre d'affaire de 1000 milliards de dollars réparti comme suit : 40% en Amérique du Nord ; 30% en Europe ; 10% au Japon ; 8% en Amérique Latine ; 12% dans le groupe Afrique, Asie et Moyen-Orient.

Top10IndustPharmaEurope_2007_2011.png Et il est vrai qu'il existe en Afrique notamment un grand écart entre les besoins de santé primaire en médicaments et les ressources disponibles. D'un côté, les exigences de rentabilité de l'industrie pharmaceutique laissent peu d'espoir aux populations africaines qui n'ont pas les moyens de se procurer des médicaments coûteux. De l'autre la protection quelques fois abusive des avantages des grands groupes, à travers les droits de propriété intellectuelle et les brevets qu'ils obtiennent et gardent jalousement, empêche le déploiement optimum des médicaments génériques et ruine l'espoir de mettre sur pied des systèmes de santé moins coûteux et solidaires pour les plus démunis. L'enjeu est donc de trouver les voies et moyens pour concilier profit et pauvreté.

Le tableau récapitulatif présenté à la fin de l'article (voir ci-dessous) permet de relever les singularités suivantes :

  • Le "corpus Afrique" se singularise des deux autres corpus par la mention des groupes pharmaceutiques suivants dans son "top 10" : "Biogaran", "Abott", "Sandoz" et "Genzyme". Par ailleurs, il partage singulièrement avec le "corpus Asie" la mention du groupe pharmaceutique "Pierre Fabre", et avec le "corpus Europe" la mention des groupes pharmaceutiques "Servier" et "Glaxomithkline".
  • Le "corpus Asie" se distingue des deux autres par la citation des compagnies pharmaceutiques suivantes dans son "top 10" : "Beaufour-Ipsen", "Bayer", "Pasteur-Mérieux" et "Pharmascience". Il partage avec le "corpus Europe" la mention des groupes pharmaceutiques "Dupont-Merck" et "Teva".
  • Le "corpus Europe" se démarque des deux autres corpus par la mention des groupes pharmaceutiques suivants dans son "top 10" : "Astrazeneca", "Bioalliance Pharma" et "Johnson & Johnson".

Enfin, les trois corpus (Afrique, Asie et Europe) partagent en commun la citation des trois groupes suivants dans leurs "top 10" respectifs : "Sanofi-Aventis", "Pfizer" et "Novartis".

TableauIndustPharma