Pour tenter d'y répondre, nous avons analysé des corpus de discours représentatifs du web francophone, portant explicitement sur le sujet des médicaments de façon générale, et respectivement associés à l'Afrique, à l'Asie et à l'Europe. Les corpus analysés s'étalent sur une période d'environ 5 ans (2007 à mi-2011).

Les résultats de nos analyses (voir les trois graphiques ci-contre) permettent de faire tout au moins deux observations majeures :

Top10MedicamentsAfriq_2007_2011.png

  • Les médicaments à base de plantes et les produits dits traditionnels occupent une place de premier choix dans les discours du web francophone : Ils représentent 36% du "top 10" de types de médicaments du "corpus Afrique", 47% de celui du "corpus Asie" et de celui du "corpus Europe".

La centralité de ces produits de la médecine alternative dans les discours, et notamment de la phytothérapie, traduit sans doute une intensification de l'offre et de la demande en la matière et des interrogations que cela suscite. En effet, que sait-on des échanges nationaux et internationaux concernant ces produits ? Que sait-on de leur fabrication et de leur utilisation, de leur innocuité et de leur utilité thérapeutique ? Bref, autant de questions qui sont posées et qui méritent de l'être.

Top10MedicamentsAsie_2007_2011.png

  • Nos résultats laissent aussi apparaître la prégnance des médicaments génériques dans les discours du web francophones centrés sur les médicaments en général : ils représentent 23% du "top 10" de types de médicaments du "corpus Afrique", 15% de celui du "corpus Asie" et 21% de celui du "corpus Europe".

Rappelons que les médicaments génériques sont des copies "essentiellement similaires" aux médicaments princeps (d'origine). Ils sont aussi efficaces que les médicaments de référence puisqu'ils sont fabriqués à partir de la même molécule. Mais il coûtent beaucoup moins chers que les originaux. Là est leur principal avantage.

Top10MedicamentsEurope_2007_2011.png Les génériques constituent aujourd'hui un enjeu à la fois politique, sanitaire, financier et économique. Les pays pauvres accordent un intérêt particulier à ces médicaments. Ils veulent avoir le droit de déroger aux accords de l'O.M.C. sur les aspects de droits de propriété intellectuelle (accord ADPIC) pour fabriquer des médicaments moins chers. Pour les pays riches, il s'agit d'assurer un accès large des patients aux médicaments ayant fait leurs preuves, mais aussi de préserver les finances de leurs systèmes d'assurance maladie, tout en valorisant et protégeant les inventions de leurs laboratoires pharmaceutiques.

Le tableau récapitulatif présenté à la fin de l'article (voir ci-dessous) permet de relever les singularités suivantes :

  • Le "corpus Afrique" se singularise des deux autres corpus par la mention des "antituberculeux" dans son "top 10" de type de médicaments. Par ailleurs, il partage singulièrement avec le "corpus Asie" la mention des "antiviraux" et des "antipaludiques", et avec le "corpus Europe" la mention des "antibiotiques".
  • Le "corpus Asie" se distingue des deux autres corpus par la mention des "anticonvulsivants" et des "antihistaminiques" dans son "top 10" de type de médicaments.
  • Le "corpus Europe" se démarque des deux autres corpus par la mention des "anticancéreux", des "antidépresseurs" et des "antidiabétiques" dans son "top 10" de type de médicaments.

Enfin, les trois corpus (Afrique, Asie et Europe) partagent en commun, avec des accents différents, la mention des "génériques", des "plantes", du "traditionnel", des "vaccins", des "analgésiques" et du "viagra" dans leurs "top 10" respectifs. TableauMedicamentsAfriqAsieEurope_2007_2011.png